LA COLLINE INSPIREE
Que s’étonne celui qui n’a jamais éprouvé la nostalgie d’un lieu où il a grandi, étudié, ri et pleuré. Les confidences d’un ancien peuvent vous paraître interminables - Tant pis pour vous - Je veux que vous aussi soyez à votre tour atteint par la contagion, fascinés par la « Colline Sacrée ».
Dans l’infini, gravitent de lourdes étoiles que parfois l’on croit mortes - Mais tout ce qu’elles approchent est brûlé.
Avant de lever le rideau sur la pièce de mes souvenirs - j’ai voulu retourner une fois de plus sur ce théâtre fabuleux et je n’ai que bien peu à faire - en vérité - pour ôter l’herbe et les taillis - redresser les éboulis de pierres - y construire de nouveau des volées d’escaliers géants, de tours et de murailles cyclopéennes - L’on peut rêver, n’est-ce-pas ? Mais, laissons parler Victor Hugo - Qui mieux que lui peut rendre l’atmosphère étrange qui se dégage de ce mont mythique.
« J’étais curieux de voir le château de Montargis, ce magnifique château célèbre dans toute l’Europe- dont la grande allée dépassait en longueur et en largeur la Salle des pas perdus du Palais de Justice de Paris..." Je suis donc monté sur la colline... Je suis entré dans l’allée... J'ai trouvé un jardin plein de hautes herbes, envahi par la ronce et l’ortie... je cherchais des yeux à travers les branchages, les hautes tours, les mâchicoulis sculptés et les créneaux formidables du Château de Montargis !!! Enfin, à force de fureter dans les broussailles, j’ai découvert, je ne sais quels tronçons informes, des pans de murs rongés par la mousses,...J’ai aperçu une brèche dans un buisson, le caveau circulaire noir et voûté d’une tour. La tour a été rasée ! ... J’avais sous les yeux le Château de Montargis !!! »
Quelle tristesse émane de ce texte et ne dirait-on pas qu’il vient d’être écrit aujourd’hui ? Je lisais récemment deux ouvrages fort intéressants traitant de ce monument : « l’Histoire du Château » par Monsieur l’Abbé Marie-Antoine Mathieu et la thèse de Mlle Destouches sur le même sujet.
J’ai relevé dans leur texte deux idées et deux directions communes Elles partent du principe simple: puisque la partie visible a été rasée, il reste cependant dans la butte, enfouis dans la terre de multiples témoins du passé.
A mon avis, un formidable appareillage de fondations doit toujours exister à portée de mains !!!
Le Louvre de Charles V ne survivait lui aussi que par quelques gravures. - Qu’a-t-on découvert lors de la construction de la Pyramide : les cyclopéennes fondations de la forteresse que tout le monde admire ?
Pourquoi ne pas en faire autant dans « nostre Chateau » ? L’on ne me fera pas croire que sur une superficie de près de cinq hectares, rien ne sera exhumé ?
Rêvons ensemble...
Un souvenir... Dans les années 1940, les braves pères nous encourageaient à pelleter avec fougue dans la cour d’honneur, près de la crypte pour retrouver la sépulture de Renée de France... Nous ne l’avons point découverte...
Par contre nous mîment à jour boulets, serrures, débris d’armes etc.. Alors que nous n’étions que des enfants, sans doute pleins d’ardeur, mais novices en archéologie.
Rasé l’énorme donjon que cherchait vainement Victor Hugo !!! Rasée la grande salle aux dix-sept grandes croisées enrichies de fleurs de lys !!! Rasé l’hôtel de Guyenne !!! Rasée la Tour d’horloge de Jean Jouvente !!! Rasé, rasé !!! L’on ne prononce que ce mot !
Mais en dessous le mystère demeure... Troie, Carthage, Babylone, Ninive, Rome, et j’en passe ont été détruites, cependant les sols ont livré bien des secrets, bien des trésors... Alors ?
Pierre Bonhomme +